Un marché haussier au-delà des sept magnifiques : analyse de Jurrien Timmer – 17 août 2026
Les marchés sont demeurés relativement calmes malgré les manchettes géopolitiques qui perdurent, tandis que la période de déclaration des résultats du deuxième trimestre a renforcé un contexte favorable aux actions. En arrière-plan, un marché plus sain semble prendre forme, et le leadership s’étend au-delà d’un petit groupe d’actions de sociétés à très grande capitalisation.
Selon Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, les investisseurs se concentrent maintenant sur ces deux questions clés : la durée possible de l’élan du secteur des semi-conducteurs et les risques susceptibles de se manifester malgré les solides paramètres fondamentaux qui soutiennent l’essor de l’intelligence artificielle (IA).
Voici quelques-uns des sujets abordés.
Un élargissement du marché haussier s’installe
L’indice S&P 500 pondéré en fonction de la capitalisation boursière ainsi que l’indice S&P 500 équipondéré ont récemment atteint de nouveaux sommets, alors qu’environ 75 % de leurs titres sont en tendance haussière. Selon M. Timmer, cette combinaison témoigne d’un véritable élargissement de la participation au marché, plutôt que d’une remontée attribuable à une poignée de grandes sociétés seulement.
Ce changement est notable, car il marque une rupture avec une tendance à laquelle les investisseurs s’étaient habitués. Au cours des trois derniers mois, l’indice S&P 500 équipondéré a devancé les sept magnifiques de 13 points de pourcentage. Par le passé, un tel écart de rendement apparaissait surtout pendant les replis du marché, lorsque la faiblesse des sept magnifiques pesait sur l’ensemble de l’indice.
Cette fois-ci, le reste du marché a continué de progresser même s’il a surpassé les sociétés à très grande capitalisation. M. Timmer a indiqué qu’il y a de bonnes raisons de penser que la période de leadership des sept magnifiques pourrait laisser place à un thème de marché plus large, un changement qui pourrait créer un ensemble d’occasions plus vaste pour les investisseurs actifs.
Résilience lorsque le thème de l’IA vacille
L’évolution récente du marché témoigne de cette résilience. Depuis son précédent sommet historique du début de juin jusqu’au moment où il a retrouvé ce niveau il y a quelques semaines, le S&P 500 n’a reculé que d’environ 2,5 %. Au cours de la même période, les sept magnifiques ont reculé de 9 % et l’ensemble du segment de l’IA a reculé d’environ 15 %. Bien que le marché n’ait pas beaucoup progressé pendant cette période, il n’a pas non plus connu de baisse significative. M. Timmer a décrit la période comme un élargissement modéré plutôt qu’une poussée haussière, mettant en évidence la capacité du marché à demeurer relativement stable même lorsque les titres liés à l’IA ont subi des pressions. Cette période montre que les semi-conducteurs ne sont plus le seul moteur du marché. Malgré tout, il s’agit d’un domaine important à surveiller. Les bénéfices des sociétés de semi-conducteurs ont triplé au cours de la dernière année, un rythme qui ne devrait pas se poursuivre indéfiniment. Par conséquent, M. Timmer a expliqué que les investisseurs devraient se concentrer moins sur le pic des bénéfices que sur le pic de l’élan, ou sur le point où les bénéfices continuent de croître, mais à un rythme plus lent.
Un cycle alimenté par les paramètres fondamentaux et non les valorisations
L’élan des bénéfices demeure une force puissante pour l’ensemble du marché. Non seulement les prévisions de bénéfices sont revues à la hausse, mais le taux de variation de ces estimations augmente également. Selon M. Timmer, cette combinaison a historiquement constitué un important moteur des rendements boursiers. Parallèlement, les valorisations ne semblent pas élevées par rapport à la croissance des bénéfices. L’indice S&P 500 affiche un ratio cours/bénéfice prévisionnel d’environ 20, comparativement à environ 18 pour l’indice équipondéré. Afin de mettre le contexte actuel en perspective, il a évoqué la bulle technologique de la fin des années 1990. Au cours de la dernière phase de cette hausse, l’expansion des valorisations a fait grimper les cours boursiers, malgré le ralentissement de la croissance des bénéfices. Pour le moment, la croissance des bénéfices n’a pas encore commencé à ralentir. M. Timmer a également fait remarquer que les investisseurs continuent de porter une attention particulière aux paramètres fondamentaux sous-jacents, ce qui rend, selon lui, une répétition du scénario de la fin des années 1990 moins probable.
Deux risques à surveiller dans l’essor de l’IA
Bien que les perspectives à long terme en faveur de l’IA demeurent convaincantes, M. Timmer a souligné deux domaines qui méritent une attention particulière.
Le premier concerne les plans de dépenses des fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle, comme Amazon, Meta et Google. La crainte est que ces sociétés puissent investir massivement dans les dépenses en immobilisations sans finalement obtenir un rendement adéquat. D’après les discussions qu’il a eues avec les équipes de recherche de Fidelity, il a noté que ces sociétés ont également des activités de base bien établies. Par conséquent, elles pourraient être mieux placées pour absorber des changements dans les dépenses liées à l’IA que les entreprises dont le sort dépend d’un seul secteur d’activité. Le deuxième est lié à l’économie du développement de l’IA et au financement nécessaire à la poursuite de son expansion. Un indice des coûts par jeton suivi par M. Timmer a chuté considérablement, ce qui laisse entendre que les développeurs d’IA se tournent de plus en plus vers des modèles ouverts moins coûteux plutôt que vers des modèles de pointe plus chers, comme OpenAI et Anthropic. La diminution des coûts peut favoriser une adoption plus large, mais elle peut également exercer des pressions sur le pouvoir de fixation des prix des développeurs de modèles de pointe. Si cela se produit, des inquiétudes pourraient émerger quant à leur capacité à financer des investissements massifs en infrastructures informatiques. En même temps, des capitaux importants continuent d’être levés. Environ 500 milliards de dollars d’obligations de fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle devraient être émis cette année, et d’autres émissions sont prévues par la suite. De nouvelles structures de financement utilisant des puces comme garantie pour des prêts à long terme soulèvent une autre question pour les investisseurs. Comme les semi-conducteurs se déprécient au fil du temps, il pourrait y avoir un décalage entre la valeur des actifs et le financement qui les soutient. M. Timmer a insisté sur le fait qu’aucun de ces risques ne semble imminent. Cependant, il estime qu’il s’agit de considérations importantes pour les investisseurs, à mesure que le déploiement de l’IA se poursuit.
Diversification et attrait du Canada
L’une des évolutions les plus marquantes du marché actuel est le changement dans la relation entre les titres liés à l’IA et ceux qui n’y sont pas liés. Selon M. Timmer, la corrélation entre ces groupes est devenue négative. Les jours où les titres liés à l’IA reculent, le reste du marché a souvent affiché un meilleur rendement et, dans certains cas, progressé en valeur absolue. Cette dynamique peut offrir des occasions de diversification aux investisseurs préoccupés par le risque de concentration. Le Canada est l’un des marchés qu’il a mis en évidence. À l’aide d’un modèle d’actualisation des flux de trésorerie, le Canada figure parmi les marchés de premier plan en ce qui concerne la croissance des distributions aux actionnaires au moyen de dividendes et de rachats. Le ratio de distribution du Canada est également d’environ 90 %, comparativement à des niveaux nettement inférieurs parmi de nombreuses grandes sociétés technologiques américaines, où les flux de trésorerie sont de plus en plus axés sur les dépenses en immobilisations. Pour un marché haussier qui approche de sa cinquième année et un marché haussier prolongé en place depuis beaucoup plus longtemps, une participation plus large du marché pourrait contribuer à prolonger la durée du cycle.
Conclusion : un marché plus large et plus résilient, avec des risques à surveiller
M. Timmer a décrit un marché caractérisé par une forte ampleur, un solide élan des bénéfices et une participation accrue au-delà d’un petit groupe d’actions technologiques dominantes.
En même temps, il a noté plusieurs aspects qui méritent une attention particulière, notamment le rythme de la croissance des bénéfices des semi-conducteurs, la dynamique de financement au sein de l’écosystème de l’IA et les effets potentiels des fortes émissions d’obligations sur les taux d’intérêt à long terme.
Prises ensemble, ces tendances pointent vers un marché qui semble plus large et plus diversifié qu’au cours des dernières années, tout en faisant face à d’importantes questions sur la prochaine phase de la croissance axée sur l’IA.