L’importance d’un coût unitaire de main-d’œuvre faible : une analyse de Denise Chisholm – 15 janvier 2026
Denise Chisholm, directrice en chef, Stratégie de marché quantitative, chez Fidelity, a expliqué pourquoi le ralentissement de l’inflation peut coexister avec des bénéfices durables, quels rôles jouent la productivité et le coût unitaire de la main-d’œuvre et comment ces éléments influencent le positionnement sectoriel.
Voici quelques-uns des points à retenir.
Tendances actuelles de l’inflation et coût unitaire de la main-d’œuvre
L’inflation continue de ralentir dans un contexte fortement influencé par le coût unitaire de la main-d’œuvre. Ce coût, une mesure corrigée des salaires pour tenir compte de la productivité, se situe dans le quartile inférieur de sa fourchette historique et augmente actuellement à environ 1,2 %. Il s’agit d’un niveau inhabituellement bas, dans un contexte où le marché de l’emploi demeure tendu. De plus, la hausse de la productivité aide les entreprises à produire plus pour chaque dollar dépensé en main-d’œuvre. Ensemble, ces tendances ont historiquement coïncidé avec un repli de l’inflation, ce qui explique pourquoi l’indice des prix à la consommation (IPC) de base pour décembre s’est établi à 2,6 %. Lorsque le coût de main-d’œuvre augmente aussi lentement, il devient plus difficile pour les hausses de prix temporaires de s’installer, ce qui appuie le scénario d’un ralentissement généralisé de l’économie.
Contexte des bénéfices dans l’environnement actuel
La vigueur des bénéfices demeure une caractéristique centrale de ce cycle. Un faible coût unitaire de la main-d’œuvre est généralement associé à des marges bénéficiaires plus élevées, et les données récentes font état de conditions favorables aux marges dernièrement. Les gains de productivité jouent un rôle essentiel en permettant aux entreprises d’exercer leurs activités plus efficacement sans ajout significatif à la masse salariale. Qui plus est, les taux d’intérêt réels s’inscrivent désormais dans la moitié inférieure de leur fourchette historique, un niveau qui a souvent favorisé la croissance des bénéfices par le passé. Ces tendances, combinées au cycle actuel des dépenses en immobilisations, créent un contexte qui a historiquement soutenu les bénéfices. Malgré trois années consécutives de gains du marché, la situation en ce début de 2026 laisse présager des bénéfices durables plutôt qu’un ralentissement de fin de cycle.
Ce que les données suggèrent pour la politique de la Réserve fédérale américaine
Pour interpréter l’orientation de la politique de la Réserve fédérale américaine (la Fed), il faut regarder les données. Certains soutiennent ouvertement que les taux directeurs pourraient tomber à 1 %, bien qu’un tel niveau puisse créer des difficultés pour l’économie. Une trajectoire plus réaliste serait plutôt une normalisation graduelle des taux à mesure que l’inflation s’atténue. Toute baisse, qu’elle soit de 25, 50 ou même de 75 points de base, dépendra des données à venir. Le débat interne à la Fed ne devrait pas être perçu comme un signe d’instabilité. Il reflète plutôt la réelle difficulté à gérer la politique monétaire dans le contexte actuel. Étant donné l’atténuation de l’inflation et l’amélioration de la productivité, la Fed dispose d’une marge de manœuvre et pourrait ajuster ses politiques sans perturber les conditions économiques en général.
Reprise du plein emploi et croissance régulière et modérée
L’économie actuelle reflète une reprise en condition de plein emploi. La progression de la masse salariale a été très lente, parfois presque nulle, mais la productivité et les revenus ont continué d’augmenter. La croissance du produit intérieur brut s’établit un peu au-dessus de 2 % sur douze mois, et la croissance médiane des bénéfices se situe dans la fourchette de 10 % à 12 %. Ce contexte se traduit par une expansion modeste mais régulière, sans les excès observés dans les cycles plus robustes. Bien que de nombreux ménages soient toujours aux prises avec des enjeux d’abordabilité, en particulier dans des secteurs comme le logement, l’histoire nous apprend que les améliorations les plus durables se produisent lorsque les salaires augmentent légèrement plus rapidement que l’inflation sur de longues périodes. En revanche, les baisses rapides des prix ont tendance à se produire lors des récessions. La trajectoire plus lente de l’économie peut rendre inconfortable, mais elle contribue à établir une base plus stable pour les marchés.
Analyse du discours entourant l’intelligence artificielle (IA) : craintes de bulles par rapport à la rentabilité réelle
L’essor de l’IA a suscité des discussions quant au risque que certains segments du marché présentent des caractéristiques proches d’une bulle. Mme Chisholm a expliqué que les tendances récentes des rendements ne concordent pas avec celles habituellement observées dans un contexte de bulle. Cinq des sept titres des sept magnifiques ont inscrit des rendements inférieurs au marché l’an dernier, ce qui est inhabituel lors de périodes de fortes spéculations. De nombreuses sociétés technologiques font également état d’une hausse des marges d’exploitation, malgré l’augmentation des investissements dans les infrastructures de données et les biens d’équipement. Ces signes indiquent une amélioration réelle de la productivité plutôt qu’un gain non durable. La discussion au sujet d’une bulle requiert des précisions, car les données générales ne correspondent pas aux exemples antérieurs de surchauffe du marché.
Soutien des valorisations rendant les produits financiers dignes d’attention
Les produits financiers se démarquent en raison de l’attrait marqué de leurs valorisations. Le secteur a commencé l’année avec un ratio cours/bénéfice prévisionnel dans le décile inférieur, un niveau historiquement suivi d’un rendement supérieur dans environ 70 % des cas. Le gain relatif moyen au cours de périodes antérieures similaires a été d’environ 500 points de base. Les premières déclarations de bénéfices de banques dressent souvent un tableau incohérent, car les résultats ont tendance à être propres à chaque établissement. Un portrait plus complet émerge une fois que l’ensemble des résultats de la période de déclaration sont publiés. Malgré cela, les tendances en matière de valorisation constituent une base solide pour le secteur en 2026.
Secteurs les plus et les moins prometteurs
Mme Chisholm s’attend à une plus grande participation du marché cette année plutôt qu’à un virage hors sociétés des technologies de l’information. Les données justifient de maintenir une exposition de base aux technologies de l’information et d’étendre la répartition à des secteurs complémentaires.
Secteurs les plus prometteurs
- Les produits financiers, les marchés de capitaux et les sociétés de courtage tout particulièrement
- Les technologies de l’information, à commencer par les semi‑conducteurs
- La consommation discrétionnaire, portée par les constructeurs résidentiels et d’autres segments sensibles aux taux
Secteurs les moins prometteurs
- Les produits de première nécessité, qui présentent des difficultés fondamentales et qui pourraient s’avérer un piège de valeur
- Les services collectifs, qui demeurent trop chers par rapport à leur rendement et qui ne sont pas un moyen efficace d’obtenir une exposition à l’IA au niveau sectoriel
- L’énergie, toujours confrontée à une offre excédentaire qui pèse sur les prix du pétrole et les paramètres fondamentaux du secteur
Conclusion : évoluer dans un marché stable et axé sur les données
Le contexte actuel est caractérisé par un mélange de ralentissement de l’inflation, de gains de productivité constants et d’une croissance économique modérée. Le coût unitaire de la main-d’œuvre faible est au cœur des perspectives d’inflation. En même temps, la solidité des facteurs fondamentaux qui sous-tendent les bénéfices, la croissance des marges et l’attrait des valorisations dans plusieurs domaines importants créent des occasions.