Ce dont les marchés ont besoin pendant la période de déclaration des bénéfices : analyse de Jurrien Timmer – 13 juillet 2026
La forte croissance des bénéfices a contribué à propulser les marchés à la hausse au cours de la dernière année, mais les attentes du public investisseur semblent particulièrement élevées à l’approche de la période de déclaration des bénéfices. Selon Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, les prochains trimestres pourraient mettre à l’épreuve la capacité des entreprises à continuer de produire les résultats auxquels le marché s’attend. Bien que le contexte général du marché demeure constructif, M. Timmer a souligné que les tendances en matière de bénéfices, les décisions de répartition du capital, les taux d’intérêt et les signes que la croissance s’élargit au-delà d’un petit groupe de chefs de file technologiques sont des éléments clés à surveiller.
Voici quelques-uns des sujets abordés.
Les attentes élevées relèvent la barre
Les projections de bénéfices ont suivi une trajectoire inhabituelle au cours des derniers trimestres. Plutôt que de diminuer avant la période de déclaration des bénéfices, comme c’est souvent le cas, les attentes ont continué de s’accentuer. Les prévisions de croissance des bénéfices approchent maintenant les 23 %, ce qui relève la barre pour les entreprises.Les sociétés de semi-conducteurs ont largement contribué à cette vigueur. M. Timmer a fait remarquer que les bénéfices des sociétés de semi-conducteurs ont presque triplé au cours de la dernière année. Il a toutefois souligné que des attentes aussi élevées laissent moins de place aux bonnes surprises, même si les bénéfices demeurent solides. Dans ce contexte, l’attention pourrait être portée non seulement sur les résultats publiés, mais aussi sur les commentaires des sociétés concernant les plans de croissance futurs et les dépenses en immobilisations.
Un élargissement plus sain de la participation au marché
Bon nombre des plus grandes sociétés technologiques ont évolué latéralement depuis la fin de 2025, tandis que d’autres secteurs du marché ont commencé à contribuer de façon plus significative aux rendements. Plutôt que de compter sur une poignée d’actions pour générer des gains, un éventail plus large de sociétés participent à la progression du marché. M. Timmer a noté qu’environ 68 % des titres de sociétés se négocient au-dessus de leurs moyennes mobiles sur 200 jours, signe d’une participation relativement large. Il a également souligné l’amélioration du rendement des indices équipondérés par rapport aux indices de référence traditionnels pondérés en fonction de la capitalisation boursière. Ensemble, ces tendances indiquent que les gains du marché sont soutenus par un groupe plus large de sociétés, plutôt que d’être de plus en plus concentrés au sein d’un petit nombre de titres.
Les bénéfices stimulent le marché
Selon M. Timmer, ce sont surtout les bénéfices des sociétés, et non la hausse des valorisations, qui ont été le principal moteur du rendement récent des marchés. La croissance des bénéfices s’est maintenue à plus de 20 % sur douze mois, tandis que les valorisations sont demeurées relativement stables au cours de la même période. Il a noté qu’il est généralement préférable que les gains du marché soient attribuables à la croissance des bénéfices plutôt qu’à l’expansion des valorisations.
Les tendances en matière de répartition du capital évoluent
Au cours de la majeure partie de la dernière décennie, les rachats d’actions ont joué un rôle important dans la réduction du nombre d’actions cotées en bourse et le remboursement de capital aux actionnaires. Aujourd’hui, de plus en plus de sociétés affectent leurs liquidités vers des projets d’investissement, tandis que les activités de premier appel public à l’épargne et d’émissions secondaires d’actions ont augmenté. Les rachats d’actions ont chuté à environ 31 % des bénéfices, alors que les sociétés empruntent davantage pour financer des domaines comme les infrastructures liées à l’intelligence artificielle (IA) et les dépenses en immobilisations. Parallèlement, les émissions d’actions se sont accélérées, un nombre croissant de sociétés cherchant à accéder aux marchés publics. Ce changement n’est pas nécessairement négatif. Si les sociétés parviennent à générer des rendements intéressants sur ces investissements, les actionnaires pourraient en bénéficier. Cependant, M. Timmer a laissé entendre que la question fondamentale est de savoir si l’augmentation des dépenses en immobilisations finira par se traduire par des rendements significatifs au fil du temps.
Surveiller les taux et l’inflation
Les taux d’intérêt demeurent une considération importante pour les marchés. Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans se situe maintenant dans une fourchette qui pourrait devenir plus contraignante pour les actions. Selon M. Timmer, des taux de rendement d’environ 4,5 % à 5 % pourraient compliquer l’expansion des valorisations boursières, car les obligations deviennent de plus en plus concurrentielles par rapport aux actions. Il a également abordé les effets inflationnistes associés au déploiement continu de l’IA. D’importantes dépenses d’investissement peuvent exercer des pressions inflationnistes à court terme, même si ces investissements visent à soutenir la productivité et la croissance économique futures. Pour ce qui est de l’avenir, il a laissé entendre que les décideurs devraient continuer de privilégier la stabilité des prix tout en cherchant à soutenir la croissance économique à long terme.
Au-delà du thème de l’IA
Bien que les investissements liés à l’IA continuent de susciter beaucoup d’intérêt, la diversification demeure un élément important à considérer. Plutôt que de s’appuyer exclusivement sur les occasions liées à l’IA, M. Timmer a mis en avant des segments du marché susceptibles d’afficher une corrélation plus faible avec le thème technologique dominant. Parmi eux figurent les stratégies d’actions équipondérées, les marchés développés internationaux et certaines occasions axées sur la valeur. L’un des segments qu’il a mis en évidence est celui des banques européennes. Il a fait remarquer que les banques européennes versent une part importante des bénéfices aux actionnaires au moyen de dividendes et de rachats. Il a également souligné leur corrélation relativement faible avec les titres des sept magnifiques, ce qui pourrait en faire un outil de diversification au sein d’un portefeuille plus large.
Ce que le public investisseur pourrait surveiller pendant la période de déclaration des bénéfices
Selon M. Timmer, l’un des enjeux les plus importants consiste à déterminer comment les avantages de l’IA se répercutent progressivement dans l’économie en général. En plus de surveiller les plans de dépenses des grandes sociétés technologiques, il a indiqué qu’il observera la façon dont les sociétés de tous les secteurs adoptent l’IA et si ces investissements contribuent à améliorer la productivité et les marges bénéficiaires. Bien que certains signes précurseurs émergent, il a souligné qu’il reste à voir dans quelle mesure ces avantages pourront être déployés à grande échelle.
Conclusion : tester la vigueur des bénéfices des sociétés
Malgré les attentes élevées et le potentiel de volatilité accrue, M. Timmer a souligné plusieurs facteurs favorables, notamment la forte croissance des bénéfices, l’élargissement de la participation au marché et la poursuite des investissements des sociétés. Par ailleurs, les attentes élevées, la hausse des taux et l’évolution des tendances de répartition du capital mettent en évidence le rôle que pourrait jouer la diversification dans le contexte actuel du marché. Au fur et à mesure que la période de déclaration des bénéfices progresse, les résultats à venir pourraient permettre de mieux déterminer si les bénéfices des sociétés peuvent continuer de soutenir la prochaine phase de croissance du marché.