Les forces qui agissent sur les marchés boursiers : analyse de Jurrien Timmer – 1er juin 2026
La période de vigueur des marchés boursiers se prolonge, grâce à la croissance des bénéfices, à la hausse des marges bénéficiaires et à la stabilité des conditions financières. Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, a souligné que ces facteurs expliquent presque tout ce qu’il faut savoir sur les marchés à l’heure actuelle. Par ailleurs, les forces à long terme continuent d’agir sur ce qu’il décrit comme un marché haussier structurel. Comprendre ces dynamiques peut aider à situer les marchés dans le cycle et à cerner les risques susceptibles de se matérialiser au fil du temps.
Voici quelques-uns des sujets abordés.
Un cycle de longue haleine qui remonte à 2009
Les marchés haussiers structurels sont des cycles de longue durée qui s’étendent généralement sur de nombreuses années et qui sont associés à des rendements supérieurs à la moyenne. Selon M. Timmer, le cycle actuel a débuté en 2009 après la crise financière mondiale. Ces cycles sont relativement rares et ont tendance à suivre des réinitialisations économiques majeures. Citons notamment la croissance d’après-guerre des années 1950 et à la période de désinflation du début des années 1980. Dans cette tendance plus large, les hausses à court terme ont également été robustes. Le cycle haussier actuel a généré un gain d’environ 118 % sur environ 45 mois, ce qui est comparable aux périodes antérieures, comme la fin des années 1990.
Les paramètres fondamentaux derrière la vigueur du marché
Trois principaux facteurs clés continuent de soutenir le marché :
1. La croissance des bénéfices s’établit à environ 20 %.
2. Les marges bénéficiaires se situent autour de 15 %, une hausse par rapport aux niveaux beaucoup plus bas de 2009.
3. Les écarts de crédit demeurent serrés.
M. Timmer a souligné que ces éléments sont à la base du contexte actuel du marché. La forte croissance des bénéfices, en particulier, a contribué à soutenir les cours boursiers tout en limitant la nécessité de voir les ratios d’évaluation augmenter. La concentration est une autre caractéristique déterminante. Les grandes sociétés représentent maintenant une part importante du marché, le peloton de tête représentant environ 60 % de la capitalisation globale.
Valorisations soutenues, mais sensibles aux taux
Les valorisations sont élevées, mais demeurent largement soutenues par les paramètres fondamentaux. Les niveaux des cours actuels peuvent s’expliquer par les marges et les écarts de crédit, contrairement aux périodes passées, comme la bulle technologique, où les valorisations divergeaient des facteurs sous-jacents. Cependant, les taux d’intérêt demeurent une variable importante. Lorsque les taux obligataires deviennent plus concurrentiels par rapport aux rendements des actions, ils peuvent influencer les niveaux de valorisation. M. Timmer a précisé qu’une fois que les taux convergent, l’incidence sur la valorisation des marchés est importante. Cette relation laisse entrevoir que les fluctuations sur le marché obligataire pourraient jouer un rôle plus déterminant dans les valorisations boursières.
Dynamique de l’offre et rôle des rachats
La vigueur du marché a également été soutenue par la dynamique de l’offre et de la demande. Depuis 2009, les sociétés ont retiré beaucoup plus d’actions dans le cadre de rachats et de fusions qu’elles n’en ont créé au moyen de nouvelles émissions. M. Timmer a noté qu’il y a eu environ 3 500 milliards de dollars en nouvelles émissions, contre environ 30 000 milliards de dollars en réduction d’actions. Ce déséquilibre a soutenu les rendements au fil du temps. Il y a toutefois des signes que cette tendance pourrait être en train de changer. Les entreprises orientent davantage de liquidités vers les dépenses en immobilisations, ce qui réduit les sommes disponibles pour les rachats. L’activité au chapitre des premiers appels publics à l’épargne à venir pourrait également accroître l’offre, bien que le nombre d’actions qui feront leur entrée sur le marché est appelé à être inférieur à ce que les valorisations totales des sociétés laissent supposer.
Signaux d’inflation et contextes divergents
L’inflation demeure une considération clé. M. Timmer a souligné une divergence entre la hausse des prix des marchandises et les attentes d’inflation relativement stables sur le marché obligataire, indiquant que l’un de ces deux éléments finira par s’avérer inexact. Parallèlement, l’inflation continue de se faire sentir dans des secteurs comme l’alimentation et l’énergie. Ces composantes sont souvent exclues des mesures de base, mais elles demeurent importantes pour les ménages et la conjoncture économique globale. En outre, les marchandises et les actions semblent suivre des tendances haussières. Par le passé, ces catégories d’actifs ont souvent évolué dans des directions opposées, ce qui rend le contexte actuel plus inhabituel.
Deux forces qui influencent les perspectives
Pour ce qui est de l’avenir, le marché semble être influencé par deux forces concurrentes. D’un côté, on observe une vigueur continue des bénéfices, soutenue par l’expansion des marges bénéficiaires et l’amélioration de la productivité. Les avancées dans des domaines comme l’intelligence artificielle contribuent à ces tendances et pourraient favoriser une plus grande efficacité. De l’autre côté se trouvent l’inflation et les taux d’intérêt. Une inflation plus élevée pourrait entraîner un resserrement de la politique monétaire et exercer des pressions sur les niveaux des valorisations. Ces forces peuvent agir simultanément, créant un contexte de marché plus complexe.
Comment les cycles ont tendance à prendre fin
Par le passé, les marchés haussiers structurels ont tendance à se terminer de deux façons. Soit les valorisations ont atteint des niveaux qui n’étaient plus soutenus par les paramètres fondamentaux, soit l’inflation et la hausse des taux ont fait diminuer progressivement les ratios d’évaluation, même si les bénéfices étaient demeurés stables. Ces deux scénarios ont été observés lors de cycles précédents.
Surveillance des indicateurs clés
Plusieurs indicateurs peuvent donner un aperçu de l’évolution des conditions. Les données sur le marché de l’emploi, les tendances des salaires et l’inflation demeurent des indices importants. M. Timmer a fait remarquer que la vigueur du marché de l’emploi et des salaires est surveillée de près, en particulier dans un contexte de pressions inflationnistes.
Conclusion : un environnement complexe, mais toujours positif
Le marché actuel reflète une combinaison de paramètres fondamentaux solides, d’une concentration des meneurs sur le marché et de conditions macroéconomiques changeantes. Bien que des risques subsistent, en particulier en ce qui concerne l’inflation et les taux d’intérêt, bon nombre des principaux moteurs de ce cycle demeurent en place. Cet équilibre est essentiel pour comprendre comment le marché pourrait évoluer.