
Comment composer avec la volatilité selon Jurrien Timmer
Dans un récent épisode des DialoguesFidelity, Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, donne son point de vue sur la volatilité des marchés, les discussions sur les tarifs douaniers et les craintes de récession qui dominent l’actualité.
Voici quelques-uns des points à retenir.
Comprendre les baisses du marché
M. Timmer commence par examiner les récents replis des principaux indices. En date du 7 mars 2025, l’indice S&P 500 avait reculé de 8 % par rapport à son sommet, les sept géants technologiques (sociétés à très grande capitalisation) étaient en baisse de 19 % et l’indice Russell 2000 (sociétés à petite capitalisation) avait chuté de 18 %. Fait intéressant, l’indice équipondéré S&P 500 a reculé de 7 %, illustrant un effet de polarisation (barbell effect) où les sociétés à grande et à petite capitalisation ont connu des baisses similaires.
M. Timmer insiste sur l’importance de comprendre la fréquence des baisses. Environ la moitié du temps, les baisses sont de l’ordre de 5 %, et 37 % du temps, elles sont de l’ordre de 10 %. Cette volatilité est le prix que les investisseurs doivent payer pour des rendements à long terme. Il est essentiel de faire preuve de rigueur et de garder son sang-froid pendant les replis du marché.
Dynamique des marchés mondiaux
M. Timmer souligne la différence marquée entre les marchés américains et non américains. Il félicite ses collègues d’avoir cru en un retour à la moyenne entre les marchés américains et mondiaux, une stratégie qui porte maintenant ses fruits. Le rendement relatif des sept géants technologiques et de l’indice MSCI Monde hors États-Unis montre un renversement spectaculaire, signe d’un changement dans la confiance des investisseurs.
Redressement des marchés en Europe
L’Europe s’est imposée comme un gagnant notable au cours des dernières semaines. M. Timmer explique cette situation par une élection décisive et la prise de conscience en Europe de la nécessité d’assurer sa défense, sans dépendre des États-Unis. L’Allemagne, en particulier, met en œuvre d’importantes mesures de relance budgétaire, notamment une augmentation des dépenses en matière de défense et des investissements dans les infrastructures. Cette urgence de croître a entraîné une hausse de l’indice MSCI Europe.
Il souligne que les actions des marchés européens étaient sous-évaluées par rapport à celles des marchés américains, ce qui a amplifié l’incidence des catalyseurs. Il suggère que si l’Europe parvient à surmonter les défis liés au financement et à l’unité budgétaire, elle pourrait connaître une accélération de la croissance et un regain de la confiance des investisseurs.
Marchés émergents et Chine
Les marchés émergents sont divisés : l’Inde a affiché de bons résultats, tandis que la Chine est demeurée à la traîne en raison de diverses décisions politiques et de la surcapacité découlant de la bulle immobilière. Cependant, les récents changements de politique en Chine, notamment la rencontre entre Xi Jinping et Jack Ma, signalent une volonté de passer à l’action. Les marchés chinois se négocient désormais à des ratios nettement inférieurs, ce qui représente une occasion potentielle pour les investisseurs.
Préoccupations liées à une récession aux États-Unis
La possibilité d’une récession aux États-Unis est un sujet de préoccupation. M. Timmer fait remarquer que même si l’économie montrait déjà des signes de ralentissement, l’incidence des tarifs douaniers, les mises à pied liées au phénomène DOGE et le risque d’une paralysie budgétaire pourraient exacerber la situation. Il insiste sur la nécessité de surveiller les demandes de prestations d’assurance-chômage et les rapports sur le taux de chômage pour déceler des signes de difficulté économique.
Or et marchandises
L’or et les marchandises ont fait preuve de résilience dans un contexte de volatilité des marchés. M. Timmer demeure optimiste à l’égard de l’or, surtout en raison de la dépréciation du dollar et de l’augmentation des dépenses en infrastructures et en défense. Il souligne l’importance de l’indice Commodity Research Bureau (CRB) Raw Industrials, qui reflète les prix au comptant des marchandises excluant les opérations sur contrats à terme. Un arrondissement du bas de la courbe de l’indice suggère une recrudescence des dépenses en matières premières, ce qui appuie le scénario d’une reflation mondiale.
Rôle d’une gestion active
Les stratégies de gestion active deviennent cruciales dans de tels contextes. M. Timmer soutient que même si la construction d’un portefeuille pour maximiser les rendements ajustés au risque est primordiale, le véritable défi consiste à continuer de faire preuve de rigueur en période de fluctuations du marché. Les conseillers jouent un rôle essentiel pour aider les investisseurs à maintenir le cap sur leurs objectifs à long terme et à rééquilibrer leurs portefeuilles, lorsque nécessaire.
Conclusion
Jurrien Timmer donne un aperçu complet de la dynamique actuelle des marchés, insistant sur l’importance d’être rigoureux, d’adopter une gestion active et de comprendre les tendances mondiales. Bien que la volatilité des marchés soit inhérente aux placements, les analyses de M. Timmer offrent des conseils précieux pour traverser cette période d’incertitude. Les investisseurs devraient se concentrer sur leurs objectifs à long terme, rééquilibrer leurs portefeuilles lorsque nécessaire et envisager des occasions dans les marchés mondiaux et émergents. Une approche informée et rigoureuse leur permettra de mieux composer avec les fluctuations du marché et de se positionner pour la croissance future.