
Composer avec les corrections boursières et les changements économiques mondiaux : perspective de Jurrien Timmer
Lors d’une discussion tenue le 24 mars, Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, s’est penché sur les complexités des corrections boursières, la nature de ces corrections et les répercussions générales sur les investisseurs.
Voici quelques-uns des points à retenir.
Comprendre les corrections boursières
M. Timmer se prononce d’abord sur la correction boursière actuelle, notant que l’indice S&P 500 a connu une baisse de 10 %, tandis que les sept géants technologiques et l’indice Russell 2000 ont reculé de 22 % et de 20 % respectivement sur la période allant de janvier à mars 2025. Il insiste sur l’importance de tenir bon pendant les replis du marché, car les actions ont tendance à dégager de solides rendements à long terme. Selon M. Timmer, le secret est de conserver une approche analytique sans donner raison aux émotions pendant les périodes de repli du marché.
Analyse technique et tendances du marché
S’appuyant sur son expérience en tant qu’analyste technique, M. Timmer examine l’indice équipondéré S&P 500, soulignant une divergence haussière dans le pourcentage d’actions au-dessus de leur moyenne mobile sur 50 jours. Cela donne à penser que la baisse récente pourrait être un recul temporaire plutôt qu’une source d’inquiétude. Cependant, il prévient que la chute des sept géants technologiques semble révéler une impulsivité qui laisse présager une certaine volatilité au cours des prochains mois.
Dynamique des marchés mondiaux
M. Timmer se penche ensuite sur le marché mondial, soulignant le contraste entre le rendement du marché américain et celui d’autres régions. Bien que les États-Unis soient en période de correction boursière, les marchés chinois et européens ont fait preuve de résilience. M. Timmer rappelle que l’indice MSCI Chine a rebondi, alors que bon nombre d’investisseurs s’abstenaient d’y investir, et que l’indice MSCI Monde tous pays, hors États-Unis, est sur le point d’atteindre un nouveau sommet. Cette divergence souligne l’importance de la diversification.
Conjoncture économique en Chine
La reprise en Chine est particulièrement intéressante. Ce pays était considéré comme un piège de valeur, mais cette réputation s’estompe en raison de changements au niveau des politiques et d’une impulsion budgétaire. M. Timmer explique que le principal défi de la Chine est de stimuler les dépenses de consommation, car le taux d’épargne demeure élevé. Le gouvernement doit créer des conditions plus attrayantes pour dynamiser la consommation intérieure.
Incidence des tarifs douaniers et des politiques commerciales
M. Timmer discute ensuite de l’incidence des tarifs douaniers, soulignant que même s’ils ont initialement contraint la Chine à changer de cap, le pays est maintenant moins vulnérable à de telles mesures. Il soutient que la Chine s’est en grande partie infligée ses propres blessures, en raison de la bulle immobilière et de ses politiques défavorables au marché. Le gouvernement renonce maintenant à certaines de ces politiques pour être plus concurrentiel.
Marché américain et politiques économiques
M. Timmer revient sur les États-Unis et discute des répercussions des politiques de l’administration Trump, y compris la déréglementation et les baisses d’impôt. Il soulève des préoccupations quant à la possibilité d’une récession, compte tenu des réductions des dépenses du gouvernement et de la capacité limitée de la Réserve fédérale américaine à contrer les replis économiques. Le marché est aux prises avec la possibilité que les tarifs douaniers soient perçus comme obstacle, plutôt qu’un moyen d’améliorer les conditions commerciales.
Banques centrales et politiques monétaires
M. Timmer fait le point sur la récente décision de la Réserve fédérale américaine de maintenir ses taux inchangés, ce qui correspondait aux attentes du marché. Il insiste sur l’importance du segment à long terme de la courbe de rendement, en soulignant que le rendement sur 10 ans demeure stable. Cette stabilité est cruciale pour les taux hypothécaires et le refinancement des créances de sociétés.
Impulsions budgétaires à l’échelle mondiale
La discussion porte ensuite sur les autres banques centrales, en particulier la Banque centrale européenne et la Banque du Japon. Il souligne la réévaluation rapide de la prime de terme en Allemagne, attribuable à une impulsion budgétaire. Il explique que les mesures budgétaires, que ce soit aux États-Unis pendant la pandémie de COVID-19 ou en Allemagne aujourd’hui, ont un coût, soit par la dépréciation des devises, soit par l’augmentation des rendements obligataires.
Or et bitcoin
À la fin de son exposé, M. Timmer compare le bitcoin et l’or, qu’il considère tous deux comme des actifs réels pouvant remplir des rôles complémentaires. Il fait remarquer que la valeur marchande combinée de l’or et du bitcoin s’élève maintenant à 20 000 milliards de dollars, ce qui reflète la part de marché croissante de ces actifs au fur et à mesure que la masse monétaire augmente. M. Timmer s’attend à une croissance du bitcoin, laissant présager que même s’il ne démonétise pas complètement l’or, le bitcoin pourrait continuer de gagner des parts de marché au cours de la prochaine décennie.
Conclusion
Jurrien Timmer offre une perspective nuancée de la conjoncture économique, soulignant l’importance de la diversification, de la rigueur des analyses et de la résilience émotionnelle des investisseurs.