
Corrections boursières et stratégies de placement : perspective de Jurrien Timmer
Le 31 mars dernier, Jurrien Timmer, directeur en chef, Macroéconomie mondiale chez Fidelity, a fait part de ses réflexions sur les thèmes macroéconomiques et les tendances du marché.
Voici quelques-uns des points à retenir.
La nature des corrections boursières
M. Timmer a d’abord discuté des replis persistants du marché, indiquant que même si les corrections font partie intégrante des cycles boursiers, il est essentiel pour les investisseurs de bien les comprendre. Il a fait référence aux tendances historiques, soulignant l’adage « lorsque les choses sont évidentes, elles sont, de toute évidence, erronées ». Ce sentiment fait ressortir l’imprévisibilité des marchés, même lorsque les tendances semblent claires.
À la suite de l’élection présidentielle américaine de novembre, le marché anticipait une administration favorable à la croissance, rappelant la doctrine du laissez-faire de Calvin Coolidge et de Herbert Hoover dans les années 1920. Il a pris en compte ces attentes, prévoyant une hausse des taux, d’un dollar plus élevé et d’un rendement boursier robuste. Cependant, les choses ne se sont pas passées comme prévu, ce qui a entraîné d’importantes corrections.
Le rôle des politiques commerciales
M. Timmer a indiqué que les incertitudes liées aux politiques commerciales, en particulier les tarifs douaniers, constituent l’un des principaux facteurs influant sur la volatilité boursière. Il a fait remarquer que l’optimisme initial du marché à la suite des élections a été refroidi par la réalité des tensions commerciales. L’anticipation du 2 avril a alimenté la volatilité, alors que davantage de précisions sur les politiques commerciales étaient attendues.
Pour les entreprises qui exercent leurs activités aux États-Unis et au Canada, ces incertitudes se traduisent par de l’hésitation à l’égard des dépenses en immobilisations et en planification stratégique. M. Timmer a insisté sur le fait que même s’il est possible que les tarifs douaniers ne soient qu’une tactique d’intimidation, le chaos environnant peut tout de même nuire à la croissance. D’ailleurs, son analyse de l’indice équipondéré S&P 500, malgré sa tendance à la hausse, souligne la difficulté du marché à composer avec cette dynamique commerciale.
Des comparaisons historiques et les tendances actuelles
En examinant les comportements passés du marché, M. Timmer a souligné les similitudes entre les corrections actuelles et celles observées en 1998 pendant la crise de Long-Term Capital Management. Bien que les contextes économiques diffèrent, le dénouement de positions saturées, notamment dans les actions des sept magnifiques, rappelle les tendances de la fin des années 1990. Il reste à voir si la baisse actuelle de 10 % se stabilisera ou se creusera davantage; un scénario qui, à son avis, nécessite une surveillance étroite des rendements, des attentes à l’égard des réductions de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) et des écarts de taux.
Les écarts de taux et les signaux du marché
Selon M. Timmer, les écarts de taux sont des indicateurs essentiels de la santé du marché. Ils permettent de faire la distinction entre une correction classique et un marché baissier associé à une récession. À l’heure actuelle, les écarts de taux des obligations de qualité se sont élargis de 20 points de base, ce qui ne constitue pas un changement inquiétant selon M. Timmer. Cela dit, un suivi rigoureux des écarts reste essentiel, pense-t-il, car ces derniers peuvent aider à repérer les signes avant-coureurs de problèmes plus fondamentaux.
Les changements économiques mondiaux et leurs incidences sur les devises
La discussion a également porté sur les changements économiques en général, en particulier les impulsions budgétaires de l’Europe. M. Timmer a fait remarquer que les politiques budgétaires récentes de l’Allemagne, qui s’apparentent aux mesures prises par les États-Unis après la COVID-19, pourraient entraîner un raffermissement de l’économie européenne et de la position de la Banque centrale européenne. Ce scénario aura une incidence sur les devises, alors que le dollar américain s’affaiblit, car le marché s’attend à des politiques plus souples de la Fed.
Les stratégies de placement dans un contexte changeant
L’analyse de M. Timmer s’est étendue aux approches de placement stratégiques dans ce contexte incertain. Il a parlé du modèle de portefeuille traditionnel 60/40, indiquant qu’une approche moderne pourrait être plus efficace, comme la diversification des placements au moyen d’actifs non traditionnels. Il a également souligné que les placements non traditionnels se sont avérés efficaces pour remplacer les obligations, offrant des rendements positifs avec des corrélations plus faibles avec l’indice S&P 500.
L’avenir du bêta et de l’alpha du marché
L’évolution potentielle du bêta et de l’alpha du marché constituait l’un des points essentiels de la discussion. Tenant compte des actions des sept magnifiques, qui ont stimulé la croissance du marché pendant des années, M. Timmer se demande si elles pourraient avoir atteint un point de saturation. Si une rotation structurelle se produit, comme celle observée au début des années 2000 ou à la fin des années 1970, les investisseurs devront peut-être se concentrer davantage sur la production d’alpha plutôt que sur le bêta du marché.
Le rôle de l’or et du bitcoin dans les portefeuilles de placement
Pour répondre aux préoccupations au sujet de la dédollarisation, M. Timmer a souligné les rôles contrastants de l’or et du bitcoin. L’or demeure un investissement sûr dont la valeur stable sert de refuge contre la dédollarisation, contrairement au bitcoin qui présente des risques uniques en raison de sa double nature à la fois comme réserve de valeur et actif fortement corrélé au marché boursier. Bien qu’il croit au potentiel du bitcoin, M. Timmer a reconnu sa volatilité par rapport à la stabilité de l’or.
Conclusion
Pour mieux composer avec le contexte économique actuel, il suggère aux investisseurs de bien analyser les corrections, de surveiller les écarts de taux et d’adapter leurs stratégies de placement pour y inclure des actifs non traditionnels.